Google et Facebook : la bataille de la recherche en ligne et des réseaux sociaux

Facebook ou GoogleNous avons choisi aujourd’hui de traduire un article passionnant d’Andreas Pouros paru sur le blog de econsultancy. Cet article analyse les enjeux de la lutte entre les deux géants du web sous l’angle de la recherche en ligne.

Google intègre aujourd’hui une dimension sociale à ses critères de recherche en intégrant Google+. De son côté, quel impact Facebook peut il avoir sur les recherches ?

Si Google et Facebook ont un nombre d’utilisateurs similaire, la grande différence réside dans les revenus qu’ils en retirent. Avec près de 30 milliards de $ par an, Google convertit 7 fois mieux que Facebook (dont les comptes ne sont pas publiés, mais dont les experts estiment que les revenus annuels tournent autour de 4 milliards de $ cette année.)

 

Pourquoi cette différence ?
Qu’est-ce qui rend Google si rentable ?

Une étude de Greenlight montre que l’attitude des utilisateurs des deux réseaux envers la publicié est similaire, puisque, sur Facebook ou sur Google,  50% des utilisateurs respectifs ont déjà cliqué au moins une fois sur un lien sponsorisé.
Mais la disparité des revenus laisse à penser que les utilisateurs de Google cliquent plus souvent sur les pubs que ceux de Facebook. Ce qui est d’autant plus étonnant que le temps moyen passé sur Facebook est 5 fois celui passé sur Google.
On peut noter que sur Google, on est par définition en mode « recherche » ce qui n’est pas le cas sur Facebook. Facebook apparait ainsi comme un but tandis que Google est plus un moyen d’accès vers autre chose.
On peut pousser la comparaison plus loin en disant que Google est payé pour vous faire partir ailleurs, tandis que Facebook encourage les internautes à rester le plus longtemps possible.

 

Facebook, nouveau moteur de recherche ?

A la question « Utiliseriez vous un moteur de recherche Facebook qui puisse concurrencer Google ?« , 5% des 500 personnes interrogées répondent oui, 12 % peut être, 22 % plutôt non et 26% certainement pas.
On a donc un ratio de 34 % plutôt oui et 48 % plutôt non.
En somme, si Facebook lançait un moteur de recherche, il serait sûr de capter 22% du marché de la recherche en ligne, pour peu qu’il soit efficace et ergonomique.
22% du marché de la recherche en ligne, c’est largement devant les autres moteurs à l’exception de Google sur la plupart des marchés, sauf en Chine, Japon et Russie où les moteurs locaux comme Baïdu ou Yandex sont à prendre en compte.
On peut même imaginer qu’en quelques années, Facebook pourrait arriver à 50% de parts de marché en convertissant les 27% qui ont répondu « sans doute, si ce moteur était meilleur que Google et Bing ».

 

5 obstacles pour un moteur de recherche Facebook

1) La part de marché de Google et l’inertie des internautes
Google représente 60% des parts de marché aux USA et plus de 90 % en Europe de l’Ouest. 80% des participants à l’enquête utilisent exclusivement Google. Un tel niveau de part de marché génère une inertie très importante.
2) Le niveau de satisfaction des utilisateurs de Google
93 % des personnes interrogées trouvent « presque toujours » ou « généralement » ce qu’elles cherchent. Le score de satisfaction (ACSI Score) de Google, qui est passé de 80 % en 2010 à 83 % en 2011, donne à penser que Google remplit parfaitement sa fonction et satisfait pleinement ses utilisateurs.
Au contraire, Facebook se classe dernier (avec les compagnies de téléphonie et les compagnies aériennes) avec un taux de satisfaction de 66 % (64 % en 2010). Facebook a donc un premier travail à faire pour satisfaire ses propres utlisateurs avant de pouvoir menacer Google.
3) La force de Google dans le secteur du mobile
Google est utlisé deux fois plus que Facebook à partir d’un mobile, Youtube se classant en troisième position. L’importance croissante du mobile et les rachats par Google d’Android et Motorola représentent un obstacle de plus pour Facebook.
4) Google page d’accueil de nos navigateurs
Pour 60 % des personnes interrogées Google est leur page d’accueil, alors que Facebook ne l’est que dans 3% des cas. Et encore, l’étude ne prend pas en compte l’impact de Gmail ou de Chrome.
5) Le capital confiance de Google
A la question des marques qui inspirent le plus la confiance, c’est sans surprise Apple qui arrive en tête. En second lieu vient Google, puis Microsoft/Bing, Yahoo, Facebook, puis Twitter. D’autres études montrent également que Google inspire plus confiance que Facebook.
Notons cependant que cette notion de confiance se traduit différemment dans les faits, puisque ces mêmes personnes continuent à confier à Facebook toujours plus d’informations très personnelles !

 

Avantage Google :

Facebook fait face à un concuurent en position dominante, dont les utilisateurs sont satisfaits et en qui ils ont confiance, qui est solidement installé sur leurs écrans et dans leurs habitudes. De plus ce concurrent a su consolider sa position dominante avec des alliances comme le rachat de Youtube ou de Motorola.
On peut également penser qu’en cas d’attaque de Facebook sur son terrain, Google aurait la capacité de répondre vite et fort.
Cette riposte de Google pourrait se concentrer sur trois domaines en particulier :

1) Google+ a plus de portée et de potentiel que l’image qu’on en a généralement.

Certes, 28 % des personnes interrogées ne savait pas que ce représentait « +1 », 27 % ne l’avaient jamais utilisé et 18 % rarement. Seulement 23 % l’utilisent de façon régulière ou habituelle. Ce score semble assez bas, mais si l’on tient compte de la relative nouveauté des boutons « +1 » et du nombre d’utilisateurs de Google, cela représente tout de même une masse considérable d’informations à la disposition de Google pour prendre le virage de la recherche sociale.

Ces 23% étant à mettre en parallèle avec les 35 % d’utilisateurs de Facebook qui « likent » des pages d’entreprise. D’autant que le « +1 » est bien plus récent que le « like » des pages entreprises.

2) La question de la confiance

Toutes les recherches montrent un capital confiance largement à l’avantage de Google. Pour les utilisateurs, Google est un moteur de recherche super rapide, avec des logos marrants (les doodle) qui changent en fonction des évènements, et qui les a servi fidèlement depuis 10 ans.

Il manque à Facebook (et à Twitter) cette dimension d’entreprise « responsable », d’autant que les critiques relayées régulièrement par la presse insistent particulièrement sur une certaine amoralité de ces médias.
Pour Facebook, le fait que la perception qu’en ont beaucoup repose en partie sur le film « Tne Social Network » n’arrange pas les choses. On peut ainsi lire sous la plume de Dan Tynan en juillet 2010 : « Zuckerberg ressemble à ce sale gosse qui a laissé une énorme boule puante devant votre porte et qui se contente de nier les faits. » et dans « The Guardian », John Grace commente une interview de Mark Zuckerberg en parlant de Facebook comme « … le coeur de l’ombre ».
Pas vraiment la meilleure pub pour une entreprise qui a besoin de vos informations personnelles pour exister !
En comparaison, la communication de Google ressasse à l’envie :    » Il est possible de gagner de l’argent sans vendre son âme au diable ».
Google (et Apple) véhiculent une certaine idéologie (même si la réalité est souvent loin de l’image), et ils parviennent à communiquer cette identité à leurs utilisateurs comme à la presse, ce que l’on ne peut pas vraiment dire de Facebook (ni de Twitter), dont la croissance vertigineuse ne leur a sans doute pas laissé le temps de générer une identité « morale » et la confiance qui en découle.

3) L’importance des comparaisons de prix

Les participants à l’enquête ont dû classer les éléments suivants en fonction de l’influence qu’ils avaient sur leurs achats en ligne dans les domaines de l’electronique, des voyages et des assurances.
– les avis d’amis sur Facebook
– les avis d’experts du secteur
– les avis trouvés sur le web
– les comparateurs de prix
– des sources d’information en dehors du web
Pour les trois catégories de produits, les avis issus de Facebook étaient considérés – de loin – comme les moins utiles.
Pour les voyages et les assurances, ce sont les comparateurs de prix qui arrivent en tête. Ils se placent en second choix pour l’electronique, pour laquelle l’avis d’experts est le critère le plus utile.
Il semblerait donc que Facebook ait moins d’influence sur les achats que ce que l’on pense souvent. Facebook (et les autres réseaux sociaux) servent plutôt à valoriser ou à faire connaître la marque (branding).
Google se trouve à nouveau dans la position de contrôler à la fois la recherche sociale (avec Google+ et le bouton +1) et l’aspect comparateur de prix avec Google shopping, par exemple, sans même parler de la puissance du moteur de recherche proprement dit.

 

Guerre des géants : à suivre !

Facebook dispose d’une gigantesque audience « captive », capable de se mesurer à celle de Google. Pour utiliser cette audience de façon plus commerciale, il lui faudrait être présent dans le monde de la « recherche » et pas seulement dans le domaine personnel du loisir et du partage. Si les chiffres montent qu’il pourrait facilement s’emparer de 23 % de ce marché, pour aller au delà, il lui faudrait investir de façon importante.
Pour Google, le problème est inverse, puisqu’il tente actuellement de rajouter une couche de social dans son moteur de recherche pour en accroître la pertinence.
L’auteur parie donc sur le fait que Facebook va inévitablement s’attaquer au secteur de la recherche sur internet sur la seule base de son nombre d’utilisateurs, mais que son développement sera très difficile, au moins dans les années qui viennent, du fait de la prédominance actuelle de Google dans ce domaine.

 

Gageons que nous n’avons pas fini d’entendre parler de la guerre des titans ! D’ailleurs, dans le dossier d’introduction en bourse de Facebook, Marck Zuckerberg écrit :  » Certains concurrents, comme Google, pourraient utiliser leur position forte ou dominante dans un ou plusieurs marchés pour exploiter un avantage concurrentiel contre nous « …

 

Traduction Christine Leroy pour Netpub.